L'indemnité que presque personne ne réclame
Dernière mise à jour : 2026-09-03
Deux voyageurs sur trois ne réclament jamais
En 2023, 6,5 millions de voyageurs ferroviaires remplissaient les conditions pour être indemnisés d'un retard. 2,3 millions ont été dédommagés — par la SNCF comme par ses concurrents. Le chiffre est publié par l'Autorité de régulation des transports dans son Rapport sur le marché du transport ferroviaire en 2023, paru en février 2025.
Autrement dit, près de deux voyageurs sur trois laissent passer une somme qui leur est due. Ce n'est pas un refus : c'est une demande qui n'est jamais déposée.
Les quatre chiffres, et d'où ils viennent
Quatre mesures circulent sur ce sujet. Elles ne disent pas la même chose et ne couvrent pas le même périmètre — les confondre est la meilleure façon d'annoncer un chiffre faux.
| Chiffre | Ce qu'il mesure | Périmètre | Source, date |
|---|---|---|---|
| 6,5 M indemnisables, 2,3 M dédommagés | Des voyageurs : combien pouvaient l'être, combien l'ont été | Toutes compagnies ferroviaires, France, 2023 | ART, Rapport sur le marché du transport ferroviaire en 2023, février 2025 |
| 119 M€ dus, 49 M€ réclamés | Des euros : 70 M€ jamais demandés, soit 59 % du montant | Groupe SNCF seul, 2023 | Enquête franceinfo, citée par la question écrite n° 7132 |
| Moins de 4 passagers retardés sur 10 | L'usage des dispositifs de compensation, pas leur issue | Ferroviaire voyageurs, France, 2023 | ART, même rapport |
| 61 % n'obtiennent rien | Le sort des voyageurs ayant subi 1 à 2 heures de retard | Enquête consommateurs | Familles rurales, mars 2025 |
Deux précisions qui comptent. La deuxième ligne parle d'argent, ne couvre que le groupe SNCF, et la première compte des voyageurs chez tous les transporteurs : un même voyageur peut peser quelques euros ou quelques dizaines, et les deux taux n'ont aucune raison de coïncider. Et la troisième ligne mesure le fait d'utiliser le dispositif, quand la première mesure le fait d'obtenir l'indemnité — d'où l'écart de quelques points entre 40 % et 35 %.
Aucun de ces chiffres n'est un chiffre « de l'Assemblée nationale » : le Parlement les a repris, il ne les a pas produits.
Pourquoi si peu de demandes
L'explication tient à l'enchaînement de conditions qu'il faut réunir, et non à une mauvaise volonté du transporteur — les dispositifs existent, ils sont publiés, et ils paient quand on les saisit.
Pour être indemnisé, il faut successivement :
- savoir que le droit existe, et connaître le bon seuil : 30 minutes pour la Garantie G30 de la SNCF, 60 minutes pour le plancher européen qui s'applique à toutes les compagnies ;
- savoir que son train a été en retard au sens du transporteur, ce qui se constate à l'arrivée et se vérifie plus tard, pas au moment où l'on est sur le quai ;
- retrouver sa référence de dossier, souvent enfouie dans un courriel de confirmation vieux de plusieurs semaines ;
- trouver le bon formulaire — celui de la G30 est distinct de l'espace client habituel ;
- le faire dans le délai fixé par les conditions de vente de la compagnie, qui est court.
Deux situations aggravent mécaniquement le non-recours. En dessous de 60 minutes de retard, la SNCF n'indemnise qu'en bon d'achat : le rapport entre l'effort demandé et ce qu'on obtient décourage une partie des voyageurs. Et sur un déplacement professionnel, la personne qui a subi le retard n'est pas celle qui a payé le billet : la réclamation n'est le travail de personne, et elle n'est presque jamais faite.
Ce que le Parlement a demandé
Le sujet a été porté au Parlement par la question écrite n° 7132 de Mme Marie-José Allemand, députée, publiée au Journal officiel le 27 mai 2025 et ayant reçu une réponse du ministère le 9 septembre 2025. C'est cette question qui a fait circuler les chiffres ci-dessus au-delà du rapport de l'ART, et qui interroge le gouvernement sur la généralisation d'une indemnisation versée sans démarche du voyageur.
À la date de mise à jour de cette page, l'indemnisation reste déclarative sur le ferroviaire français : le formulaire de la Garantie G30 existe toujours, et rien n'est versé tant que personne ne l'a rempli. C'est précisément ce qui produit l'écart entre 6,5 et 2,3 millions.
Ce que nous faisons de ce constat
Nous ne créons aucun droit et ne négocions rien : le droit est déjà là, et il n'est simplement pas exercé. Nous supprimons les étapes qui font renoncer.
Vous nous donnez le numéro du train, la date et la gare d'arrivée. Nous croisons ces éléments avec les données publiques de circulation pour vous dire tout de suite si le dossier vaut la peine d'être déposé, puis nous le déposons depuis notre propre compte professionnel. L'indemnité vous est versée directement par le transporteur ; nous ne détenons jamais votre argent, et nous ne facturons rien tant que vous n'avez pas été payé en virement. Le détail des seuils et de la commission est dans notre guide de la Garantie G30, et les droits que le règlement européen garantit en plus sont ici.
Le cas du déplacement professionnel est traité de la même façon : le voyageur reste celui qui a qualité pour réclamer, même quand l'entreprise a payé le billet.
Où vérifier par vous-même
Nous sommes payés quand vous êtes indemnisé, donc vous n'avez aucune raison de nous croire sur parole. Les quatre chiffres de cette page sont publics et vérifiables ; si l'un d'eux vous surprend, allez à la source.
- Autorité de régulation des transports — observatoire du marché du transport ferroviaire
- Question écrite n° 7132 — Assemblée nationale
- « Après un retard de train, de nombreux voyageurs renoncent à se faire indemniser » — franceinfo, 3 avril 2025
- Familles rurales — enquêtes et études de consommation
- Le formulaire officiel de réclamation G30 — SNCF
- Le règlement (UE) 2021/782, texte intégral — EUR-Lex
Les chiffres cités portent sur l'année 2023, la dernière pour laquelle le rapport de l'ART était disponible à la rédaction de cette page. Ils seront remplacés quand un exercice plus récent sera publié. En cas d'écart entre cette page et le document source, c'est le document source qui fait foi.